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Désirée – Chapitre 3

Au sortir de ce premier dîner non improvisé avec Steeve, je me sentais beaucoup moins étrangère à sa réalité. Nous avions parlé de nos familles et je savais désormais qu’il était l’aîné d’une fatrie de six, parmi lesquels deux garcons, et qu’il avait dû prendre les rennes de l’entreprise familiale à la mort de son père deux ans plus tôt contre ses plans de départ. Il comptait les laisser à son petit frère, mais celui-ci n’était pas encore assez aguéri pour la tâche. Il était de sept ans mon aîné et avait jusque là consacré le plus clair de son temps à sa carrière et aux affaires de sa famille. J’avais aussi appris qu’il aimait la lecture et les voyages tout comme moi, ce qui nous avait amenés à parler de nos destinations de rêve. Je lui avais également parlé de ma réticence face à la volonté pressante de ma mère de me voir me marier, parce que je recherchais beaucoup plus en un partenaire que juste la capacité de prendre fianancièrement en charge un foyer. Pour mon plus grand bonheur, il soutenait mon point de vue; ce qui rendit les échanges encore plus fluides, malgré la légère indispostion que je le sentais tenter de me cacher.

Il était un peu plus de dix-neuf heures et le ciel s’était déjà assombri, lorsque nous prîmes congé du réceptionniste qui nous avait chaleureusement accueillis deux heures plus tôt et sortîmes en direction du parking.

-Je pense qu’à ce stade, nous pouvons baisser d’un cran dans les politesses, non ?

-Les politesses ? , demandai-je un peu confuse

-Je parle de se tutoyer, Mademoiselle Omwangha !

-Oui, je pense que c’est approprié… Monsieur Mandela ! Hahaha. Ca me fait tout drôle de le dire.

-Ce qui me donne l’occasion de revoir ton beau sourire.

Mon sourire s’élargit davantage sans que je ne pûs le contrôler.

– Alors, que dirais-tu d’une petite virée, Désirée ? J’aimerais que tu me fasses découvrir ton endroit préféré.

-Mon endroit préféré ? Je pense qu’il est un peu trop tôt dans notre amitié pour cela…

-Waouh ! Alors, j’ai deux soucis avec cette réponse.

-Cause toujours !

-D’un: pourquoi trop tôt ? Moi je te montrerais volontiers le mien, mais il nous faudrait vraiment beaucoup de temps pour arriver à Port Elisabeth en voiture…

-Elle est bonne celle-là ! Bah… Disons que mon endroit préféré n’est peut-être pas tout aussi loin d’ici, mais il faut quand même compter cinq à six heures de route pour arriver au village de ma mère. J’ai certes grandi ici, mais mon cocon le plus confortable sera toujours chez mes grand-parents maternels à Owando. Je doute fort que le temps soit déjà mûr pour t’y amener…

-Waouh ! D’accord… j’avoue que je suis pris au dépourvu. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Je ramène Cendrillon à la maison avant les douze coups de minuit ? Tu n’as pas ton amie à conduire aujourd’hui, alors tu n’as pas d’excuse.

-Touché !

Nous montâmes donc à bord de sa voiture, et prîmes la route pour chez moi, après que je lui eût indiqué globalement le chemin. Depuis ses vingt ans et davantage depuis le décès de son père, Steeve venait régulièrement au Congo pour gérer les affaires de sa famille. Il avait souvent séjourné à Pointe-Noire et aimait beaucoup conduire de lui-même, alors il pouvait plutôt bien s’orienter à travers la ville.

-Et de deux ?

-Pardon ?

-D’un, tu voulais savoir pourquoi je trouve que c’est trop tôt. Et de deux ?

-Je me suis un peu oublié après ta réponse inattendue au premier volet, désolé ! De deux… Tu trouveras peut-être que je vais trop vite en besogne, mais je vais te dire honnêtement que j’espère devenir pour toi bien plus qu’un ami.

-Ah ! Plus qu’un ami ? Tu veux devenir mon frère ? Mon oncle maternel ?

-Hahaha. Bien vu ! Tu es très drôle, Désirée. Et c’est entre autres pourquoi j’aimerais effectivement devenir en quelques sortes un membre de ta famille, mais pas par les liens du sang. Je parle de faire de toi mon épouse.

-Pardon ?

-Je ne sais pas si tu crois au coup de foudre, mais moi je n’y croyais pas jusqu’à hier, lorsque je t’ai rencontrée. Tu es une femme magnifique et évidemment tu le sais déjà. Mais ce qui me captive davantage, c’est ta personne intérieure. Ton intellect, ton ambition, ton respect pour toi-même, et ton attachement à tes propres principes, d’après ce que j’ai aprris de toi jusqu’ici, te distinguent de toutes les femmes que j’ai rencontrées jusqu’à ce jour. Il est définitvement trop tôt pour te dire <<Épouse-moi, si tu le veux bien! >>, quoique j’en meurs d’envie, alors s’il te plaît sois ma copine !

-Attends, tu plaisantes là !

-Je suis on ne peut plus sérieux. Je suis sûr de moi et je serais prêt à verser ta dot même demain matin. Mais faire d’abord un petit pas te donnera à toi le temps d’être convaincue que je mérite une chance.

-Waouh ! D’accord… Je vois…. J’ai pris bonne note. On en reparlera Steeve. Je ne sais pas quoi dire… Ca fait beaucoup d’un seul coup.

Et honnêtement, je ne savais vraiment pas quoi répondre. Je savais dans un coin de mon esprit que c’était ce vers quoi nous avancions, mais je ne m’attendais absolument pas à avancer aussi vite.

-Prends ton temps, belle demoiselle ! J’attendrai le temps qu’il te faudra.

Il y eut un moment de silence pesant, puis je décidai de le rompre en changeant de sujet.

-Tiens ! Rien à voir mais : tu parles parfaitement bien le francais !

-C’est un fait, oui… (L’expression de son visage d’abord remplie de calme et de confiance changea rapidement, traduisant désormais de la perplexité)

-Mais tu as toujours vécu en Afrique du Sud, et là on ne parle pas francais, sauf erreur de ma part. Je doute fort que ce soit uniquement grâce à tes quelques séjours à Pointe-Noire ici et là dans l’année que tu as pu apprendre si efficacement. Alors, c’est quoi le secret derrière ta maîtrise de la langue de Molière ?

Son visage s’illumina à nouveau.

-Ah ! Merci de poser la question, ca voudrait dire que je m’en sors oujours aussi bien. J’ai passé mon cursus secondaire en pensionnat dans une école internationale à Joburg.

-Joburg ?

-Johannesburg, pour les non-natifs.

Je pouffai de rire, le regardai admirant intérieurement son aisance au volant et l’intelligence verbo-liguistique dont il faisait montre.

-Et donc, tu avais des cours intensifs de francais ?

-Pas exactement…J’avais des cours de francais, autant que ceux qui fréquentent des écoles classiques dans les pays francophones, puis j’ai eu, à partir de la classe de troisième, partiellement des cours d’histoire et de technologie dispensés en francais.

-Waouh! C’était certainement challengeant, si on considère le fait que tu ne te servais pas de cette langue dans ton quotidien.

-Pour tout te dire, si! (il esquisse un petit sourire)

-Et comment cela ?

-Je m’investissais énormément dans l’apprentissage du francais pour impressioner ma copine de l’époque.

-Sérieux ? (Je me retins d’éclater de rire)

-Ah oui ! Quand j’étais ado, je sortais avec une certaine Dalanda N’daye. Son père était l’ambassadeur du Sénégal en Afrique du Sud en ce temps-là et il avait amené toute sa famille avec lui à sa nomination. Nous étions en classe de quatrième lorsqu’ils arrivèrent fraîchement du Sénégal et, à ma grande surprise, elle parlait déjà parfaitement l’anglais. Mon francais par contre laissait à désirer, mais je le trouvais tellement élégant à entendre, lorsqu’elle parlait avec sa famille au téléphone… Bien que c’était la moitié du temps en wolof, que je trouvais aussi belle langue, le reste du temps c’était en francais et c’était magnifique, tout comme bje la trouvais maginfique. Alors nous nous sommes rapprochés grâce au fait qu’elle m’aidait à améliorer mon francais et avons fini par nous mettre en couple en classe de seconde.

-Très mignon, comme histoire ! Mais visiblement ils ne vécurent pas heureux et n’eurent pas beaucoup d’enfants… Puis-je demander pourquoi ?

-Eh bien…Lorsque nous étions en classe de Terminale, le père de Dalanda est décédé. Elle était partie au Sénégal pour assister à l’hommage officel au défunt, et lorsqu’elle était revenue, elle n’était plus la même. Elle ne me confiait plus rien, m’évitait comme la peste, jusqu’au jour où elle finit par m’avouer que sa famille était restée au Sénégal et qu’elle n’ avait eu le droit de revenir à Joburg que pour passer son bacc. Après quoi elle devait aussi y retourner et sur place l’attendrait déjà tout prêt pour son mariage avec le fils d’un ami de son père.

-Ca alors ! J’ai toujours pensé que ces histoires de mariages arrangés, tout au moins au niveau de notre génération, ne concernaient pas vraiment la classe bourgeoise.

-Bien au contraire ! La haute classe est même davantage concernée. Très souvent, les familles riches et puissantes tissent des alliances avec d’autres familles riches et puissantes sur des générations et des générations, et les mariages entre leurs enfants sont juste une formalité pour sceller et perpétuer le tout.

-Et donc je suppose que Dalanda est aujourd’hui mariée.

-Oui ! Et elle a trois garcons. Nous sommes restés amis.

-Cool pour vous !

-Oui, si on veut…

-Et elle est heureuse ?

-Honnêtement je n’en sais foutre rien, Désirée. Mais je crois qu’on pourrait crtainement être plus malheureux. Son mari ne l’avait pas choisie non plus, alors ils ont commencé leur vie de couple comme deux victimes résignées qui se soutiennent mutuellement. Je crois que cette base leur a rendu service avec le temps.

-C’est triste d’une certaine manière… Je ne parviendrai jamais à comprendre cette conception du mariage dans laquelle la compatibilité et l’amour ne sont pas pris en compte.

-Je crois que nous sommes presqu’arrivés à destination, gente dame !

-Oui, c’est le portail noir juste là à droite.

-D’accord, je vais intenter de trouver le meilleur emplacement afin de vous faire descendre de votre carrosse.

-Language médiéval ? J’aime beaucoup cet humour !

Il se contenta de sourire et conduisit jusqu’à trois maisons plus bas, où l’allée débouchait sur la route parallèle à la route principale, ce qui lui permit de faire demi-tour et de venir se garer en position de départ juste en face de notre domicile familial.

-À quelle adresse puis-je adresser mes lettres afin qu’elle vous parviennent, gente demoiselle ?

-Ha ha ha. Il persiste dans son délire! Incroyable.

Je sortis mon portable de mon sac, le déverouillai et le lui remis en main.

-Tiens! Tu peux composer ton numéro et lancer l’appel, comme ca tu auras aussi le mien.

-Je vous remercie, mi Lady !

Nous échangeâmes donc nos contacts et il sortit de la voiture pour m’ouvrir la portière. Il faisait déjà relativement sombre, ce qui m’empêcha, en sortant de la voiture, de constater qu’Anita se tenait sur la cour, le portail entrouvert. Steeve me fit la bise sur le dos de la main et me laissa entrer à la maison et refermer le portail avant de démarrer sa BMW M4 couleur crème flambant neuve (oui, sa voiture m’avait fait bonne impression) et de filer cerainement vers l’un des hôtels qui appartenaient à sa famille pour y passer la nuit.

-La plus belle !

Je sursautai par réflexe mais reconnut, à la seconde même, la voix d’Anita.

-Any! Comment était la journée ? Tu m’as pas dit que j’allais te trouver ici.

Elle roula des yeux puis fit une grimace avec sa bouche avant de répondre sur un ton moqueur: << N’est-ce pas ? C’est à moi de te demander comment était ta soirée. Mais j’ai ma réponse puisque tu n’as pas vu mes messages.>>

-Tu m’as écrit ?

-Non. (elle roula encore des yeux) Biensûr que je t’ai écrit, Omwangha !

-Laisse-moi, j’étais trop concentrée à passer une bonne soirée.

-Et puis quoi encore ?, éclatant de rire en me tapotant l’épaule. Entrons alors ! J’étais juste dehors parce que je voulais voir s’il allait te déposer et t’ouvrir la portière ou si tu allais faire ta Xena la guerrière comme toujours ! Je suis assise là depuis une heure et me suis levée tout juste quand j’ai vu la lumière des phares.

-Anita, on doit te décorer. C’est pas vrai, ca ! Quelle commère ! (J’étais très amusée et le disait sur un ton de la plus grande ironie, car je fourrais tout autant mon nez dans ses affaires. Je le faisais même à tel point que j’avais repéré l’arrivée de sa fille Nora avant qu’elle n’eût le temps de faire le premier test de grossesse.)

-Je n’ai pas de vie, j’accepte !

Nous entrâmes donc dans les murs de la maison et prîmes place aus salon pour causer quelques minutes avant d’aller dans ma chambre, comme il en était presque de coutume à chacune de ses visites, sauf les fois où j’allais si mal qu’elle me retrouvait dans ma chambre directement.

-Maman est là ?

-Elle va souvent où ? Tu l’as laissée ici, non ? Elle m’a ouvert tout à l’heure et m’a dit que tu n’étais pas là. Quand je lui ai dit que j’allais t’attendre, elle m’a répondu qu’il y avait à manger et qu’elle allait se reposer.

-Ah d’accord ! Donc tu as déjà mangé alors ?

-Je t’attendais, petite ! Je ne suis pas venue pour la nourriture. Surtout avec le festin que tu m’as laissé à la maison.

-Tu vois comment je prends soins de toi ? Puis un jour tu vas te marier, tu vas me classer persona non grata au pofit de ton vieux daron là !

-Jamais ! C’est toi et moi ! Le pack complet ou rien ! Et puis même, qui va épouser un vieux daron d’abord ? Le respect et tout ? Je suis ton aînée Gradie Omwangha !

-Je demande pardon, tata !

Elle me donna une tape amicale en riant puis nous nous dirigeâmes vers la chambre après avoir fait un tour à la cuisine pour embarquer du jus de fruits et de quoi grignoter pour cette nuit qui s’annoncait très longue, avec tout ce que j’avais à lui raconter, et davantage avec tout ce que je ne me doutais pas encore qu’elle avait à me raconter…

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