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Désirée- Chapitre 5

-Allô ?

-Bonsoir, gente dame !

-Bonsoir, Steeve !

-As-tu passé une bonne journée ?

-J’ai passé une journée chargée, ca c’est certain ! Et toi ?

-Un samedi comme les autres. À la seule différence que tu n’as pas quitté mon esprit de toute la journée.

-Pourtant je n’ai aucun souvenir de m’y être rendue…

-Ha ha ha ! Tu es une comique née, Désirée !

-Euh… Merci ?

-Oui, c’est un compliment.

-Tu m’en verras ravie.

-Justement, parlant de voir… Quand pourrai-je te revoir, charmante demoiselle ?

-Nous venons de passer consécutivement deux journées ensemble et…

-Et quoi donc Désirée ? Je pense que tu n’as sûrement jamais aussi bien porté ton prénom qu’avec moi. Je désire te voir et t’avoir près de moi un peu plus à chaque minute qui passe.

-Flatteur ! chuchotai-je entre mes dents serrées, qui formaient un sourire béat traduisant l’émoi que ces mots suscitaient en mon for intérieur

-Ou voleur, ou tout ce que tu voudras, tant que la vérité de mon coeur pourra te parvenir. Donne-moi juste un jour et j’organiserai tout !

-Je vais y réfléchir. De toutes les facons, j’ai suffisamment à faire avec ma famille dans les tout prochains jours. Donc il faudra t’armer de patience.

-D’accord, je comprends. J’aurais toute la patience qu’il faudra.

-Bien. Bonne soirée, Steeve !

-Bonne soirée, la femme de mes rêves !

Je raccrochai sans réagir à cette dernière perche tendue de facon pas très subtile. Si quelqu’un nous avait entendus, j’aurais sûrement fait la fine bouche et déprécié sa facon si directe de me courtiser. Mais intérieuement, j’en étais déjà à me mordre la langue de peur qu’elle ne fourche et que je ne lui déclare ma flamme en retour.

La soirée en famille se poursuivit sans tracas ni surprise, et le lendemain matin, après un petit-déjeuner copieux dans une ambiance très chaleureuse, chacun retrouva son domicile, mes soeurs devant chacune préparer le réveillon avec sa famille nucléaire, maman et moi devant nous préparer pour le réveillon chez papa Anthony, mon oncle, son frère aîné. (Il est de coutume chez nous d’appeler les oncles et tantes par <<papa>> ou <<maman>>, et les aînés en général par <<yaya>>.) Anita aussi retourna chez ses parents. Pendant qu’elle partait, je lui remis en main le cadeau de noel que j’avais préparé pour la petite Nora et un vin d’exception pour ses parents, car je ne les verrais que trois ou quatre jours plus tard, lorsque la remise des cadeaux seraient passée et oubliée.

Après le petit-déjeuner, nous avions donc tout nettoyé puis apprêté des beignets de banane que nous apporterions pour enrichir le buffet du réveillon, puis nous prîmes la route pour rejoindre le quartier du wharp, zone résidentielle où vivait mon oncle avec son unique fille, son épouse étant décédée déjà huit ans auparavant. Ils avaient eu cinq enfants, tous aimés du même amour (du moins je l’espère jusqu’à ce jour), mais Dina, leur seule fille, avait toujours eu une relation très fusionnelle avec son père. J’aimais beaucoup la prestance et la présence de mon oncle Anthony. Il était de bonne compagnie et souvent de très bon conseil.

Après trente-cinq minutes à se faufiler à travers les embouteillages de Pointe-Noire, nous arrivâmes à destination sous un soleil ardent. Je précise que ma mère a toujours détesté conduire, malgré qu’à contrario de la plupart des femmes de sa génération, elle avait passé son permis de conduire relativement jeune. Dans de telles circonstances, nous nous faisions donc souvent conduire par un cousin venu d’une autre ville pour l’occasion, ou dans des cas plus rares, comme cette fois-là, je conduisais. Patience, ma mère, n’avait plus beaucoup de patience lorsqu’il s’agissait de me regarder au volant de sa voiture. Elle estimait que je conduisais <<comme un homme>>. Je reprends ses termes, mais je n’avais jamais vraiment compris où se trouvait le problème à ce que je conduise, selon ses propres dires, comme un homme, tant elle n’avait justement aucune inquiétude à se faire conduire par des hommes. Paradoxe jamais résolu !

Quoi qu’il en soit… Il était environ quatorze heures lorsque nous entrâmes sur le domaine familial par l’arrière-cour, et de là, la musique venant de la cuisine extérieure nous souhaitait déjà la bienvenue. En comparaison avec Matendé, quartier que nous habitions, il me semblait à chaque visite chez mon oncle, être dans un autre pays ou avoir atterri dans une dimension parallèle. Je ne dirais pas que nous étions pauvres, car nous ne manquions de rien. C’est lui qui était très riche et qui vivait dans une zone où il n’y avait que des personnes de sa classe sociale. Les maisons, ou devrais-je dire les domaines, étaient presque tous entourés de haies de fleurs et les ruelles à l’intérieur du quartier étaient toujours propres comme neuves. Des portails automatisés, des voitures de luxe sillonnant les rues, des piscines aux designs plus fous les uns que les autres à chaque fois que l’on passait par hasard devant un portail ouvert, le silence reposant dans la rue à toute heure de la journée… C’était vraiment tout autre choses que les quartiers populaires. Chez papa Anthony, comme on pouvait s’y attendre, c’était très spacieux. Il y avait une cuisine extérieure, deux cuisines intérieures, trois salles de séjour, neuf chambres à coucher avec toilettes et quatre salles de bain, pour ne citer que les pièces essentielles. C’était une espèce de chalet, construit et peint sur des tons blanc et violet et décoré avec goût et beaucoup de soin par Dina, qui sortit et vint à notre rencontre, entendant le ronflement du moteur de la voiture. Élancée et de teint clair, Dina était ma cousine avec laquelle j’avais le plus d’affinité. C’était une bonne vivante, médecin gynécologue contre les plans de sa défunte mère, de six ans mon aînée, célibataire et sans enfant. Le courant était toujours très bien passé entre nous, car elle partageait, pour changer du reste de la famille, la plupart de mes opinions sur les relations humaines, sur la la vie professionnelle, et sur l’accomplissement et l’épanouissement de la femme. J’avais des soeurs aînées, mais elle était cette soeur que je n’avais pas eue. Toute de vert vêtue, elle courut se jeter dans les bras de ma mère.

-Bonne arrivée, maman !

-Ya Dina! Ca va, ma grande fille ?

-Ca va, Dieu merci !

-Malamu.

Elle s’assura de débarrasser ma mère de ses quelques bagages, puis se dirigea vers moiavec un grand sourire.

-Ma seconde, comment tu vas ? (Depuis que j’avais terminé le collège, elle aimait bien m’appeler sa <<seconde>>, disant qu’elle était la première fille de la famille en son genre, et que j’étais la deuxième après plusieurs essais et propablement la dernière.)

-Tout va bien, yaya !

Elle me serra très fort dans ses bras, me souleva à quelques centimètres au-dessus du sol, puis me reposa. Dina faisait beaucoup de sport, et son corps le lui rendait bien. Du haut de ses trente-et-un ans, elle en faisait au moins cinq de moins, la peau rayonnante de santé, le taux d’énergie de plusieurs personnes à elle seule, et une silhouette qui faisait beaucoup d’envieuses. Cependant, ce câlin de grande envergure me donna l’occasion de constater qu’elle n’avait certes rien perdu de sa poigne mais que sa silhouette, de coutume si parfaite, répondait désormais de quelques rondeurs supplémentaires. Une question me brûla sur la langue, mais j’éludai intérieurement le sujet.

J’ouvrai donc la malle arrière pour en sortir les vivres non transformés et les beignets que nous avions apportés et les transporter vers la cuisine externe. Ici, au four et au moulin, les soeurs et belle-soeurs de ma mère, ainsi que les plus âgées de leurs filles. Pour la bonne ambiance, un petit baffle portatif disposé dans un coin de la grande cuisine presqu’immaculée diffusait de la classique rumba congolaise. Des bruits de friture, des éclats de rire, une tante enjouée qui s’arrêtait de travailler quelques minutes pour esquisser un pas de danse, de la bière à profusion, des odeurs d’épices et d’arômates à en tomber à la renverse, sans aucun doute, c’était vraiment le jour du réveillon de noel. C’était le jour de l’année où l’on voyait tous les membres de la famille qu’on ne reverrait probablement qu’au prochain réveillon, sauf mariage ou obsèques d’ici là. Pour moi, c’était aussi le jour où je prenais en personne des nouvelles de la plupart de mes cousins et cousines et redécouvrais l’importance de la chaleur familiale.

J’entrai dans la cuisine externe, me déchargeai, fis le tour pour saluer tout le monde, et après de nombreuses embrassades, des éclats de rire et quelques salamaleks, je pus en ressortir pour me rendre dans la maison et me changer. Depuis des années, je dormais dans la chambre de Dina avec elle lorsque nous venions pour les fêtes. Je me dirigeai donc presque machinellement vers sa chambre au premier étage, chantonnant un air joyeux de noel et me dandinant. À ma grande surprise, en ouvrant la porte, je sursotai, tombant nez à nez avec un homme blanc aux cheveux grisoyants et au style très soigné.

-Désolé, je ne voulais pas vous effrayer !

-Non, c’est moi ! Bonjour…. Je suis désirée, la nièce de monsieur Nguesso !

-Enchanté, je m’appelle Daniel.

-D’accord… Et vous êtes un ami de mon oncle, je présume ? J’ai dû me tromper de chambre.

-Ami ? Eh bien, j’espère tout au moins que nous ne serons jamais des ennemis… Je suis le fiancé de Dina.

-Son… FIAN… FIANCÉ ?

-Oui, c’est exact.

-Waoh ! Je n’en revenais absolument pas. Dina l’impassible et l’éternelle tante et cousine célibataire était fiancée ? Je croyais rêver, pourtant il était bien là sous mes yeux, en chair et en os, son futur époux.

-Tu dois être Désirée, je me trompe ?

-Euh…Non non, tu as raison, c’est moi. Mais comment tu le sais ?

-Dina m’a beaucoup parlé de toi avant que je ne vienne que j’avais hâte de te rencontrer, mais elle m’a aussi dit que ta mère et toi seriez probablement les dernières à arriver.

-J’espère qu’elle n’a paré de moi que positivement ! Dis-je en esquissant un sourire narquois

-Eh bien, disons que…

-Gradie ! (La voix de Dina retentit dans la cage d’escalier, pendant qu’elle montait nous rejoindre à l’étage


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